
Il y fait surtout part de ses éblouissements essentiels. Ils s’appuient sur une foi en les mots de la poésie : leur magie transfigure le réel. Il suffit, par quelques vers courts, de saisir ce qui dans le monde est sublime. Car Michel Dunand voyage beaucoup, et il en rapporte des essences spirituelles qu’il fait humer à ses lecteurs. J’ai particulièrement aimé une image née de Venise :
J’aime un lion d’or. Il me suit partout.
Nous ne nous quittons jamais des yeux.
Ce lien avec une divinité, génie tutélaire de la cité célèbre, me plaît assez. A croire que Michel Dunand s’est voué à saint Marc ! Personnellement, j’en aurais volontiers fait une petite histoire fantastique : Pouchkine a un jour composé un poème dans lequel la statue de Pierre le Grand, à Saint-Pétersbourg, s’était détaché de son socle pour écraser un impie, un mauvais Russe. Ce lion d’or aurait pu être chevauché et emmener le poète parmi les astres, avant de lui donner le pouvoir de chasser les ombres tapies au fond des canaux ! Car on sait que Venise peut aussi faire songer au temps qui passe et détruit tout, à la mort. Mais Michel Dunand préfère, je crois, ne pas y penser: la beauté du lion d’or lui suffit ; il n’a pas besoin de se rappeler du reste.
Il a aussi, récemment, publié un petit recueil de poésie intitulé Tunis ou Tunis, édité justement à Tunis, aux éditions Berg, en bilingue : français, arabe. J’avoue que c’est le premier livre que je possède en arabe et Michel m’a au moins procuré cette grâce, de me le fournir. Car je n’ai lu des écrits arabes qu’en traduction. Ici, il s’agit d’une traduction du français, par Azouz Jemli. Michel y exprime les moments de pur bonheur, ou de pure extase, qu’il a connus en Tunisie, et j’aime particulièrement cette image héroïque, née de la vision du désert :
Douz.
Un miroir de plus.
Donnez-moi
Mon cheval.
Donnez-moi
Mon armure.
Apportez
Mon épée.
On voudrait chevaucher à la façon des anciens guerriers, quand on contemple ce paysage inouï. On se sent rattrapé par une vie antérieure de chevalier des sables !